Le recours aux panels
Les enquêtes en face-à-face et celles réalisées par téléphone reposent généralement sur des échantillons sélectionnés de manière aléatoire dans la rue ou dans lannuaire téléphonique.
A linverse, les enquêtes en ligne se basent de plus en plus sur des panels de répondants. En effet, la condition pour pouvoir être sollicité pour une enquête en ligne est davoir accepté, au préalable, de recevoir une telle sollicitation. Cette précaution est imposée à la fois par la net-étiquette, par les règles et chartes des organisations encadrant le métier des études (Esomar, Syntec, ...), mais également et de plus en plus par les différentes législations nationales. Aucun institut sérieux ne se risquerait à envoyer des mails à des personnes qui ne se sont pas inscrites pour en recevoir (opt-in, par opposition à la méthode bannie de lopt-out où les personnes doivent demander à être supprimées des bases).
Pour Poynter, cette situation a pour conséquence une certaine professionnalisation des répondants. Il cite à ce niveau une enquête réalisée par sa société en 2005 sur des panélistes en ligne Britanniques, Français et Hollandais qui montre que le répondant moyen est membre de 3 à 4 panels et que 75% des panélistes inscrits souhaitent répondre à au moins une enquête par semaine. Au Royaume-Uni, 5% des panélistes appartiennent à 10 panels ou plus !
Alors que les répondants aux enquêtes CATI ou en face-à-face étaient en principe interrogés une ou deux fois par an, les panélistes sur le web arrivent donc à être interrogés plusieurs dizaines de fois dans la même période.
Ce risque jadis brandi par les opposants aux enquêtes web est maintenant assumé dans la profession car lévolution vers les enquêtes web est tellement inéluctable quelle impose des compromis et quelques changements de points de vue.
Beaucoup rappellent que les consommateurs inscrits dans des panels traditionnels sont également interrogés régulièrement, même si le web augmente cette fréquence. Et même si on ne le clame pas haut et fort, on a toujours connu, notamment dans lunivers des enquêtes qualitatives, des professionnels de linterview qui cherchent à se faire un complément de revenus en participant fréquemment à des tables rondes.
Lessentiel demeure tout de même de prendre toutes les mesures nécessaires pour sassurer de la qualité des réponses obtenues aux enquêtes sur le web, que les personnes soient interviewées fréquement ou rarement. Et il y a pour cela des moyens que nous détaillons plus loin dans ce dossier.
Loutsourcing
Les sociétés détudes ont eu lhabitude dans le passé de gérer en interne leurs terrains détudes CATI ou face-à-face. Certaines ont même développé des logiciels maison pour assurer la gestion de ces opérations.
En se lançant sur les enquêtes web, beaucoup dinstituts ont cherché à reproduire le même schéma et à mettre en place pour cela leurs propres panels dinternautes. Mais la difficulté à constituer et à animer un panel important et la nécessité croissante de disposer de panels multi-pays ont amené les instituts à avoir recours à des sociétés spécialisées dans la gestion de panels internationaux (GMI, Lightspeed Research, ...).
De même, beaucoup dinstituts ont démarré dans les études web en réalisant leurs questionnaires de manière artisanale (éditeur HTML...). Certains ont essayé de développer en interne leur propre solution de génération de questionnaires web. Aujourdhui, la plupart se sont équipés de logiciels spécialisés (NET-Survey...) ou ont recours à des plate-formes externes proposées par les fournisseurs de panels.
Cette évolution vers la sous-traitance est plus profonde quil ny paraît. Comme lindique Klaus Wübbenhorst, CEO de GFK, on aurait craint, il y a sept ou huit ans de voir les sociétés technologiques semparer de nos marchés. Mais je crois quon a compris aujourdhui que les mieux armés pour transformer les données en analyses pertinentes sont les instituts détudes, ce qui est très rassurant. Robert Dossin, vice président dIMS Health confirme : Cest la définition des études de marché qui a changé... Une société détude sait mieux que quiconque comment analyser les données et quels conseils en tirer.
Plus sûres delles, les sociétés détudes se permettent donc de sous-traiter la partie technologique pour se concentrer sur leur coeur de métier. Cette externalisation commence déjà à avoir un impact en termes de personnel (à la baisse) et de rentabilité (à la hausse) dans les sociétés du secteur. Elle ouvre également de nouvelles perspectives aux petites sociétés du secteur qui peuvent désormais accéder aux mêmes panels et utiliser les mêmes outils logiciels que les instituts internationaux les plus puissants.
Moins de temps et moins de budget
Les enquêtes on-line permettent de raccourcir la phase de terrain, mais elles ne changent rien, en principe, pour les autres phases (préparation, traitement, rapport et recommandations...), à moins davoir recours aux nouvelles techniques de web-reporting (voir notre article dans ce dossier).
Ainsi, si le terrain de létude représente 30% du temps nécessaire à lensemble du projet, le fait de le réduire de moitié ne réduit le temps global de lensemble de létude que de 15%. Pourtant, le client, lui, sattend à ce quun terrain deux fois moins long se traduise par une étude deux fois plus rapide et deux fois moins chère. Cette pression à la baisse est renforcée par la guerre des prix et la surenchère de services auxquelles se livrent les fournisseurs de panels et les nombreux nouveaux entrants sur le marché des études en ligne.
Pour ne pas contrarier leurs clients, les instituts détudes se voient donc de plus en plus contraints de compresser de manière importante les autres phases traditionnelles des projets détudes en termes de temps et de budget. Poynter en conclut que cette compression doit se traduire fatalement par une baisse de la qualité et de la pertinence des études. Mais on peut aussi rétorquer que laccélération des prestations détudes va dans le sens de lévolution générale des affaires.
Des prestations plus rapides et moins chères bénéficient non seulement aux clients mais aussi, à terme, à lensemble de la profession. Le business moderne a besoin de réponses rapides et fréquentes. En générant une réduction générale des délais, les études on-line répondent à ce besoin et adaptent la profession à cette réalité.
Perte du contact avec les répondants
Lun des avantages des enquêtes en ligne par rapport aux méthodes traditionnelles du CATI ou du face-à-face est labsence dintervention humaine. Cette configuration réduit les coûts mais entraîne aussi la perte des remontées et des ressentis que les enquêteurs pourraient communiquer aux responsables de lenquête. Ainsi, une question mal formulée ou une incohérence dans le questionnaire peut passer inaperçu. Personne nest là pour faire part de lagacement des interviewés ou de leur impatience dans certaines parties du questionnaire. Bref, on peut craindre parfois une certaine perte de réactivité.
On peut rétorquer quun questionnaire réalisé de manière professionnelle et testé comme il se doit avant son lancement ne devrait pas susciter de remontées annexes. En réduisant les interactions humaines, lenquête web présente lavantage de réduire les interprétations et les ressentis parfois subjectifs des enquêteurs. En outre, les personnes interrogées se retrouvent dans un cadre neutre et identique, sans influence extérieure liée à la personnalité de lenquêteur.
Il nen demeure pas moins que la perte du contact direct peut avoir des conséquences sur la manière avec laquelle les professionnels sadressent aux répondants. Le risque est de finir par les considérer comme de simples adresses e-mail et de le leur faire sentir. Ce possible biais est maintenant pris en compte et des efforts sont faits pour humaniser au maximum la relation avec les répondants (voir article ci-dessous).
Rapprochements avec le CRM et le marketing direct
Beaucoup détudes en ligne sont réalisées sur la base de fichiers clients. Pour Poynter, cela pousse à mélanger le marketing et les études. En effet, à lère du one to one et de lultra-segmentation des marchés, la tentation est grande de vouloir aller plus loin que la simple investigation statistique pour essayer de prendre en compte les besoins individuels des clients et de chercher à y répondre.
Certains parleront de collusion et de manquements déontologiques. Dautres ne verront pas dun mauvais oeil la possibilité dutiliser la collecte de données lors des études pour améliorer les performances marketing et commerciales de lentreprise, arguant quaprès tout, les études ne sont pas une finalité en soi mais visent à mieux répondre aux besoins des clients.
Comme lors de lavènement de toute nouvelle technologie, il est tentant dans un premier temps de se focaliser sur les inconvénients quelle génère à travers les modifications des habitudes de travail. Les technologies qui simposent sont celles dont les avantages finissent par lemporter. Et ça a tout lair dêtre le cas en ce qui concerne les études en ligne.
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