Une image
négative
Ce vote na bien entendu aucune valeur scientifique. Mais il
confirme limage très majoritairement négative
des sondages dans la population. Accusés de se tromper et
de tromper lopinion, largement utilisés dans un sens
ou dans un autre par ceux-là même qui les dénigrent
et qui ne peuvent sen passer, les sondages sont devenus les
boucs émissaires des politiques et des médias. Il
faut dire que les erreurs ou ce que lon qualifie comme telles
ont été légion depuis quelques années.
Comme à chaque veille délection, les hommes
et femmes politiques mal notés ne se privent pas de rappeler
que tous ceux que les sondages donnaient gagnants à 8 mois
des élections ont en réalité perdu ou nont
même pas été candidats. Ainsi, rappelle malicieusement
lun des candidats à linvestiture socialiste,
si les sondages avaient été fiables, les présidents
de la républiques se seraient appelés Michel Rocard
en 1981, Raymond Barre en 1988, Edouard Balladur en 1995 et Lionel
Jospin en 2002.
Des attaques contestables
Il est certes de bonne guerre de jeter ainsi le doute sur la
fiabilité des sondages. Cette remise en cause repose toutefois
sur une bonne couche de mauvaise foi, à moins que ce ne soit
de lignorance. Car comme beaucoup de sondeurs lont répété
à maintes reprises, personne ne dispose dune boule
de cristal qui permettrait de connaître, à plusieurs
mois dune élection, le résultat précis
des votes. Et aucun professionnel des enquêtes dopinion
ne prétend faire ce type de prédictions. Un sondage
pré-électoral est une photo de lopinion à
un instant T. Elle permet dindiquer la situation au moment
de sa réalisation. Or à plusieurs mois du vote, une
multitude de facteurs entrent en jeu :
- les principaux partis nont pas encore désigné
leurs candidats,
- plus de 40% des répondants ne savent pas encore pour qui
ils vont voter,
- parmi ceux qui donnent une intention de vote, une majorité
indique pouvoir changer davis avant lultime échéance.
Les sondages pré-électoraux ne doivent donc pas être
assimilés à des pronostics réalisés
longtemps à lavance. Ils nont dautre ambition
que celle de refléter le rapport de force, au moment de leur
réalisation, entre différents candidats désignés,
postulants, auto-proclamés ou simplement pressentis. Dans
une épreuve de 10.000 mètres, une photo instantanée
prise à lissue des premiers 1.000 mètres ou,
pire, dans les vestiaires avant le départ ne peut être
assimilée à une photo-finish. On ne peut donc affirmer
que les sondages se trompent ou quils se sont trompés
en désignant les favoris du moment à quelques mois
des échéances. Et il faut rappeler que les mesures
effectuées la veille dune élection ou le jour
du vote donnent le plus souvent des résultats tout à
fait conformes à la réalité.
Des biais inévitables
Il existe bien entendu des biais statistiques et méthodologiques
pouvant fausser les résultats des sondages. Mais le biais
le plus difficile à contrôler est la simplification
inévitable lors de la communication au grand public des résultats
des enquêtes dopinion. En effet, il est difficile pour
un journaliste ou un commentateur de prendre à chaque fois
les précautions dusage et à énoncer des
fourchettes avec les marges derreurs de rigueur. On préfère
plutôt indiquer les valeurs obtenues qui elles sont directement
intelligibles et qui, du coup, passent pour la vérité
vraie, à la virgule près. De ce fait, un résultat
qui se situerait dans la fourchette statistique mais ne corresponderait
pas aux valeurs brutes énoncées est naturellement
considéré comme une erreur. Le risque dun tel
décalage est dautant plus grand que les résultats
de lélection présidentielle se situent généralement
aux alentours de 50/50. Ainsi, une estimation à 51/49 a beaucoup
de risques dêtre fausse si lon considère
une marge derreur de +/- 2 (soit 49 à 53 pour le 1er
candidat et 47 à 51 pour le second, ce qui laisse une certaine
probabilité pour un score de 49/51). Cest moins le
cas lorsque lécart entre les candidats est grand (à
80/20, une fourchette de +/-2 ne risque pas de changer le sens de
lélection).
Tous ces biais ont été détaillés dans
un précédent article de Survey-Magazine intitulé
Les sondages
politiques en question. Cet article est en accès
libre sur notre site www.surveystore.info.
Linfluence sur les votes
Au fond, le reproche que lon peut faire aux sondages nest
pas vraiment de se tromper. Ce serait plutôt dintervenir
dans la vie politique pour influencer directement ou indirectement
lopinion des électeurs et le déroulement du
scrutin. Cette influence se manifeste à plusieurs niveaux
:
- La popularité plusieurs mois avant lélection
et les estimations des intentions de votes pour chaque candidat
pèsent immanquablement sur la désignation par chaque
parti de son représentant à lélection.
Par définition, cette désignation intervient avant
la vraie campagne et repose donc beaucoup plus sur limage
de chaque candidat que sur une réelle connaissance de son
programme et de ses spécificités. Elle pousse les
forces en présence dans chaque parti (fédérations,
militants, parlementaires, politiciens cherchant à se placer...)
à préférer le candidat ayant le plus de chances
de lemporter daprès les sondages. Certains candidats
de valeur et peut-être capables à terme de meilleures
performances dans lélection ultime peuvent donc se
voir préférer le candidat le plus populaire, plusieurs
mois avant lélection.
- Même sils disent sen méfier et quils
en contestent régulièrement la fiabilité, candidats
et gouvernants tiennent largement compte des sondages et cherchent
à sy adapter, pour coller à lopinion.
Cela peut se traduire par un recul de la réflexion politique
et par des dérives clientélistes et démagogiques.
Pierre Weill, ancien président du groupe Sofres dénonce
cette situation dans une tribune récente publiée dans
le journal Libération et intitulée Sondage nest
pas adage. Pour lui, il est des domaines tels que la justice,
les relations internationales ou l'immigration où il
y a presque toujours contradiction entre les passions à court
terme et les solutions concertées propres à entraîner
des changements durables. Il donne lexemple suivant
: Si l'on interroge les Français sur notre justice
dans la foulée de l'émotion suscitée par le
désastre judiciaire de l'affaire d'Outreau, ils réclameront
que l'on renforce résolument les droits de la défense.
Si l'on pose les mêmes questions au lendemain d'un crime atroce
contre des enfants ou après un attentat terroriste, ils voudront
qu'on rétablisse la peine de mort. Faudra-t-il dire, dans
la seconde hypothèse, que le bien-fondé de la politique
défendue par Jean-Marie Le Pen est ainsi démontré
?
- Les sondages peuvent être utilisés de manière
insidieuse pour orienter lopinion. Sans entrer dans la paranoïa
exacerbée des contestataires de tout qui voient
partout de la collusion et des complots contre les citoyens et la
démocratie, il est clair que certains sondages sont commandités
et publiés à dessein, pour servir ou nuire à
des intérêts partisans. Posées habilement,
certaines questions apportent les réponses attendues et peuvent
créer dans lopinion un climat de peur ou, au contraire,
dintérêt pour un candidat. Dans ce cas, le sondage
est utilisé comme une arme politique.
- Les scores prévus par les sondages peuvent fausser le scrutin
et amener les électeurs à effectuer des votes stratégiques
ou de protestation. Ainsi, lors des dernières élections
ou les sondages donnaient pour acquis que un second tour entre Jacques
Chirac et Lionel Jospin, les électeurs de gauche nont
pas hésité à éparpiller leurs voix sur
différents petits candidats. On connaît la suite. On
sait à présent (toujours grâce aux sondages
!) que si les Français avaient vraiment été
avertis du risque de voir arriver Le Pen au second tour, ils auraient
placé Jospin devant Jacques Chirac au premier tour. Il ne
manquait à Jospin que 250.000 voix, soit environ 2 voix par
bureau de vote, pour passer le premier tour et peut-être pour
gagner lélection.
Avec un tel tableau, on peut craindre que les sondages ne dénaturent
le vote démocratique. Mais on peut aussi considérer
quil est sain que les citoyens soient bien informés
sur les rapports de force pour pouvoir ensuite faire jouer leur
libre-arbitre en connaissance de cause.
Dans tous les cas, le sondage nest pas un oracle mais plutôt
une source dinformation utile. Il faut le prendre comme tel
et ne pas lui attribuer des vertus quil na pas. On limite
ainsi les risques dêtre encore une fois déçu.
Etonnant : l'écho du web colle aux
sondages
Limportance du web et la masse dinformations
qui y circule ont donné à des chercheurs lidée
de sintéresser à lempreinte laissée
par chaque candidat sur le web. Ainsi, Laurent Florès,
directeur de crmmetrix a calculé sur son blog
Customer Listening Blog (http://customerlistening.typepad.com)
ce quil appelle lecho que renvoie
le Web sur la présence des candidats potentiels à
la prochaine présidentielle.
Il a donc compté à laide doutils
de recherches de type spiders ou crawlers le nombre de fois
où le prénom + nom du candidat apparaît
sur les sites en français du web, associé au
contexte présidentielle 2007 (ou président
de la république en 2007, ou élection 2007,
etc.). Il a ensuite calculé le % de mentions de chaque
candidat par rapport à lensemble des candidats
mesurés.
Fort de ces chiffres, il a cherché à déterminer
la corrélation entre l'écho du Web et les intentions
de vote du 1er tour telles que mesurées par deux instituts
de sondage réputés. Et Ô surprise, les
deux résultats se sont révélés
fortement corrélés. Lexpérience
a été menée une première fois
en Juin puis répétée en Septembre, avec
la même conclusion !
Est-ce à dire quon pourra se passer dans un avenir
plus ou moins proche des sondages et se contenter de mesurer
lécho du web ?
La méthode s'applique déjà avec succès
à d'autres catégories : le cinéma par
exemple, mais aussi des produits comme l'automobile, l'alimentaire
et les boissons. Ce sont d'ailleurs, les expériences
validées et concluantes dans ces différents
secteurs qui ont amené Mr Florès à mener
un projet de R&D dans le secteur politique.

|
|