Accueil Fiches produits Livres Articles-dossiers Annuaire Livres blancs Rendez-vous  
 
[
Toujours plus de ressources sur surveystore.info : Dossiers et Articles sur les méthodes et technologies d'étude marketing, Panorama des outils d'études les plus perfomants du marché, Annuaire des professionnels du marketing. Bonne visite...
]
Chercher :
 
 ESOMAR - Le congrès de la différence
Le congrès de l’Esomar, plus grand rassemblement annuel des professionnels du marketing, des études de marché et d’opinion, s’est tenu cette année à Cannes. Ce 58ème congrès a réuni près de 1100 participants, qui ont pu débattre sur l’évolution du métier et sur les dernières innovations autour du thème « Faire la différence : impact d'études de marché efficaces »

Les consommateurs au coeur de vos affaires

Intervention de Kristin Hickey et Derek Leddie (The Leading Edge Market Research Consultants, Australie) et de David Jenkinson (Carlton & United Beverages, Australie)

On sait tous que les consommateurs sont importants dans le succès de l’entreprise. Pourtant beaucoup de sociétés continuent à se comporter de manière introvertie, en se concentrant avant tout sur leurs produits ou leurs marques plutôt que de mettre le consommateur au centre de leurs préoccupations et d’essayer de comprendre l’évolution du monde et du marché en les observant au travers de son regard.

L’importance du conso-centrisme

La vision centrée sur le consommateur a 3 avantages principaux :

- elle rapproche l’entreprise de ses clients et améliore ainsi la pertinence des nouveaux produits et des efforts de communication et de marketing,

- elle introduit de l’objectivité dans l’entreprise et évite que les différents services ne se fixent des priorités différentes, perdant ainsi du temps et de l’énergie à partir d’opinions subjectives différentes. Les études et remontées d’informations des clients assurent à tous une direction incontestable à suivre,

- elle constitue un levier important dans la négociation avec les distributeurs et revendeurs.

L’intérêt croissant pour la vision centrée sur le consommateur constitue une opportunité importante de développement pour la profession des études. Mais elle marque également une pression accrue sur les intervenants pour répondre efficacement au besoin.

Comme le montre le graphique figurant sur la page suivante, le “conso-centrisme” implique une approche différente et une organisation différente de l’entreprise : dans une entreprise traditionnelle, les employés considèrent que le consommateur et la marque concernent la fonction marketing. A l’inverse, une organisation centrée sur le consommateur voit ce dernier comme un facteur-clé de succès et voit la marque comme un médiateur entre l’entreprise et le consommateur.

Des barrières importantes

Beaucoup d’entreprises souhaitent mettre le consommateur au coeur de leurs préoccupations. Mais cet objectif rencontre plusieurs freins :

- souvent mal comprise. Certains dirigeants la voient comme un projet indépendant et pas comme un changement culturel profond. Beaucoup pensent qu’elle relève de la seule responsabilité du département Marketing, écueil que nous avons déjà évoqué ci-dessus. Un autre écueil consiste à confondre conso-centrisme et service-consommateur, ce qui se traduit par une amélioration de la qualité du service mais pas vraiment par une approche d’entreprise basée de bout en bout sur la connaissance du consommateur, de l’évolution de son environnement et de ses besoins. Enfin, le conso-centrisme est parfois confondu avec l’accumulation de données sur le client qui devient une fin en soi. Or il s’agit plutôt d’une démarche de recherche appliquée, avec un objectif de mise en oeuvre immédiate et permanente des données collectées.

- Du fait de la mauvaise compréhension de la notion, beaucoup de dirigeants sous-évaluent les efforts à accomplir pour mettre le client au coeur de l’entreprise. Même ceux qui investissent lourdement dans ce sens peuvent sous-estimer les changements nécessaires et le temps à y consacrer (3 à 5 ans en général).

- Il est souvent difficile de traduire l’objectif de conso-centrisme en actions concrètes dans l’entreprise. Les managers doivent être capables de définir clairement les enjeux à long terme et les implications organisationnelles de cette vision pour la transformer vraiment en réalité.

- Du fait de sa complexité, la démarche nécessite une planification rigoureuse, sur le long terme. Cela n’est pas toujours le cas.

- La transformation de l’entreprise exige de disposer en interne de collaborateurs ayant les compétences nécessaires pour mener à bien les changements. Le recours à des prestataires d’études ou à des consultants ne suffit pas.

- Les partenaires habituels pour les démarches de réorganisation sont les consultants en management. Les plus expérimentés sont hors de prix. Or beaucoup de professionnels expérimentés du monde des études sont capables d’assister valablement l’entreprise dans sa démarche de concentration sur le client. Mais peu d’entre eux ont franchi le pas pour envisager ce type de prestations.

Les clés de la réussite

Voici une démarche en 5 points permettant d’atteindre l’objectif de conso-centrisme en contournant les freins ci-dessus :

Mettre en place un “Consomètre”

La première étape consiste à faire un état des lieux pour déterminer le degré actuel de conso-centrisme de l’entreprise, en analysant les procédures internes et en interrogeant le personnel et les dirigeants. Les éléments recueillis serviront à établir une scorecard, dans laquelle on pourra chercher à intégrer un benchmark avec des entreprises leaders dans leurs secteurs sur le plan national ou international. Les indicateurs clés de la scorecard doivent inclure : la prise en compte du conso-centrisme comme vision d’entreprise ; la présence de preuves du conso-centrisme dans le fonctionnement de l’entreprise, la gamme de produits et la stratégie de marque ; la prise en compte du conso-centrisme dans la culture de l’entreprise et les systèmes de récompense et de reconnaissance.

L’objectif de cette première étape est de mettre en évidence très clairement les lacunes de l’entreprise en termes de conso-centrisme, et de s’assurer à coup sûr un appui des dirigeants et de l’encadrement, qui percevront ces lacunes comme un déficit concurrentiel.

Préparer les conditions du succès

Maintenant que l’entreprise est engagée dans une vision conso-centrique, il est nécessaire de mettre en place des mesures qui contrecarreront les 6 freins évoqués plus haut. Il faut notamment que la direction générale exprime clairement à l’encadrement son engagement dans ce sens, en l’étayant de mesures budgétaires pertinentes.

Il est également important de s’assurer que les actionnaires sont conscients de la durée de la période de changement qui s’engage et qu’ils adhèrent bien à cette démarche stratégique.

Enfin, il convient de donner à quelqu’un dans l’entreprise la responsabilité et le pouvoir d’intervention pour éliminer les mauvaises pratiques, en s’assurant que le personnel comprend l’objectif de cette démarche et y est préparé.

Visualiser le résultat

Au début du processus, les entreprises sont le plus souvent volontaires et ambitieuses. Mais très souvent, peu de responsables ont une vue précise de ce qu’ils sont en train de construire.

Il est donc important de s’attacher à clarifier dès le départ le résultat final de la démarche en termes de changements dans l’organisation et les processus. Les schémas ainsi établis serviront d’horizon, même s’ils peuvent changer en cours de route, si d’autres solutions meilleures se présentent.

Concrétiser la démarche

Avoir une idée du résultat est une excellente chose. Mais il faut maintenant commencer à bâtir. C’est à cette étape que se joue l’échec ou la réussite du projet. Pour cela, il convient de découper les objectifs globaux en une série d’objectifs plus délimités et d’entamer le travail sur le terrain.

Ces objectifs peuvent consister à définir précisément le métier de l’entreprise par l’équipe dirigeante, à faire le point sur les informations disponibles dans l’entreprise, à segmenter le marché et les clients, à développer des dispositifs incitatifs au conso-centrisme dans l’entreprise, à revoir le processus commercial et marketing, etc.

Evaluer les résultats

Un système d’évaluation est indispensable tout au long du processus. Outre son rôle d’outil de pilotage, le reporting signifie clairement à toutes les parties impliquées qu’elles ont des comptes à rendre concernant les changements attendus.

Il va sans dire que la démarche en 5 étapes proposée ci-dessus peut se heurter à de très nombreux impondérables étant donné l’importance de l’enjeu et la durée du processus.

Car il ne faut pas oublier qu’un tel projet de mise du consommateur au coeur des affaires s’apparente à une véritable opération de transplantation cardiaque, avec tous les risques qui y sont liés si on n’y met pas le soin nécessaire.

ESOMAR est l’organisation mondiale de référence du secteur des études d’opinion et de marketing. Elle regroupe aujourd’hui 4000 membres dans plus de 100 pays.

Fondée en 1948, ESOMAR joue un rôle important dans l’évolution du marché des études et dans la protection des intérêts de la profession auprès des pouvoirs publics. L’association préconise l’auto-régulation du secteur des études de marché et de meilleures pratiques commerciales. C’est pour cela qu’elle a défini une charte mondiale de bonnes pratiques de la profession et qu’elle organise des conférences mondiales permettant aux professionnels du secteur d’échanger leurs expériences et de présenter leurs innovations.

Cannes, Lundi 19 septembre. Le 58ème congrès de l’Esomar s’ouvre au palais des festivals de Cannes, sous un soleil encore estival.

Les congressistes, dont la plupart sont arrivés la veille des quatre coins du monde (plus de 80 pays sont représentés), se hâtent avec leur badge autour du cou et leur belle pochette Esomar sous le bras vers le grand amphi, pour la séance d’ouverture. Beaucoup jouent avec leur Spotme, formidable petit appareil distribué à l’enregistrement, qui permet d’identifier et de situer les autres congressistes à 30 mètres à la ronde, en affichant leur photo et leurs coordonnées détaillées.

Cette année, le congrès compte 1100 participants, soit 20% de plus que l’année dernière.

8h30. Le congrès est ouvert par José Ignacio Wert, Président d’Esomar en compagnie notamment de M. Bernard Brochand, maire de Cannes et qui a occupé dans le passé les fonctions de directeur marketing de Procter & Gamble puis de Président de Havas Advertising et de DDB International France.

M. Wert rappelle que le challenge qui s’offre actuellement à la profession concerne “la capacité à délivrer un conseil stratégique qui apporte des solutions concrètes à des questions précises”. La problématique consiste donc à montrer concrètement comment la recherche marketing peut faire une vraie différence, dans le monde des affaires bien sûr, mais également au niveau de la société qu’elle se doit de bien comprendre. C’est autour de cette préoccupation centrale que vont s’articuler les différentes interventions du congrès qui accueille cette année des conférenciers divers et prestigieux comme le philosophe Gilles Lipovetsky (voir article plus loin), l’ancien Directeur de LEGO Christian Majgaard ou encore le violoniste et ambassadeur culturel de la Slovénie Miha Pogacnik qui va essayer avec son violon d’amener ses auditeurs à passer outre les barrières qui limitent traditionnellement la créativité et la vision des entreprises.

“Notre profession est bâtie sur la curiosité, la créativité, la vitalité et l’honnêteté intellectuelle. C’est pour cela que nous sommes perçus comme des partenaires de qualité pour les décideurs. Mais aujourd’hui, nous devons nous réapproprier ces valeurs pour retrouver l’énergie et l’esprit entrepreneurial qui ont inspirés nos membres fondateurs. Nous devons encore tendre vers plus d’innovation et d’excellence, les deux piliers de notre profession.”

M. Wert poursuit en évoquant l’étude conduite par ESOMAR sur la formation au sein des sociétés d’études de marché. Ses résultats mettent en lumière le formidable potentiel d’amélioration qui proviendrait d’un meilleur partage des informations et des connaissances au sein des instituts mais également, entre les différents instituts. “Nous devons à la fois améliorer nos techniques méthodologiques et analytiques et développer nos compétences de conseil pour acquérir un rôle plus stratégique ... Il est vital que le rôle d’enquêteur sorte de sa forme traditionnelle -diminuer les incertitudes- pour, grâce à une compréhension en profondeur des consommateurs, être capable d’anticiper les tendances”.

A 9h20, c’est au tour de Mme Laurence Parisot, PDG de l’IFOP et fraîchement élue à la présidence du MEDEF, d’intervenir. Mme Parisot indique que les professionnels des études sont des gens audacieux. Elle rapporte l’anecdote suivante : “Lors de la dernière campagne présidentielle française, j’ai eu l’audace d’affirmer que le second tour verrait très probablement une confrontation Chirac / Le Pen. Le journaliste radio qui m’interviewait a commencé à s’agiter et à me faire signe d’arrêter comme si je disais quelque chose d’inacceptable. Peu après, mon analyse se révéla juste.” Pour Mme Parisot, cet incident doit encourager les gens d’études à être audacieux, car leurs affirmations se basent sur des faits solides.

Evoquant sa campagne pour la présidence du MEDEF, Mme Parisot indique qu’elle pensait que son expérience de professionnelle des études et sondages serait un atout. A sa grande surprise, ses adversaires se servirent de cette expérience contre elle. “Mes détracteurs ont insinué que je pouvais utiliser mes compétences à des fins de manipulation... J’ai dû expliquer que la recherche marketing n’était pas de la magie et qu’elle obéissait à des codes éthiques très rigoureux. J’ai aussi souligné que le fait d’étudier les opinions des gens ne signifie pas que l’on ne peut pas avoir une opinion par soi-même”.
Madame Parisot poursuit en évoquant la tradition française en matière de recherche marketing. “La France est à mi-chemin entre le monde latin et le monde anglo-saxon.” Pour elle, la profession des études peut beaucoup s’enrichir en mixant les traditions et méthodes françaises et anglo-saxonnes.

Pour terminer, Mme Parisot demande aux professionnels des études d’avoir une vision globale et stratégique des problèmes qui leur sont soumis. Pour elle, la recherche marketing est à son zénith lorsqu’elle fonctionne comme une plate-forme dynamique, capable de supporter la prise de décision et d’être constamment réactive face aux évolutions de la société et des affaires. “Si nous n’adoptons pas une vision stratégique, nous courrons le risque de louper le coche, même si nos études sont superbes du point de vue technique.”

L’avenir des études de marché L’évolution du secteur des études de marché dans le monde
Selon l’étude Vision 2010 réalisée par l’ESOMAR auprès de ses membres et de sociétés utilisatrices d’études, le marché va considérablement évoluer dans les 5 prochaines années au travers notamment d’une consolidation accrue des sociétés du secteur.
Du point du vue métier les évolutions majeures concernent d’une part l’utilisation croissante des nouvelles technologies et notamment de l’Internet, et, d’autre part, l’augmentation importante des données disponibles. La conséquence de cette dernière tendance pourrait être la séparation à terme entre les fournisseurs de données et les sociétés de conseil qui les utilisent.
L’enquête met en évidence le renforcement du rôle de conseil des prestataires d’études avec, en corollaire, la mise en place d’une relation de partenariat entre clients et prestataires de service. Cette évolution exigera cependant, de la part des sociétés d’études, une meilleure créativité et une meilleure connaissance des enjeux des marchés sur lesquels elles interviennent. Inversement, les prestataires se plaignent d’un manque de compétence chez leurs clients, souvent incapables de différencier une bonne étude de marché, d’une mauvaise.
« Ces deux éléments – demande de créativité et de ‘market intelligence' d’un côté, requête pour avoir des interlocuteurs capables d’évaluer la qualité des études fournies de l’autre – ne sont en fait que les reflets d’une même tendance : une hausse sensible de la qualité », explique Véronique Jeannin, Directrice Générale d’ESOMAR. « Clients et agences d’études de marché parlent de partenariats, s’accordent sur le fait que les études sont essentielles pour la détermination de la stratégie de l’entreprise, demandent la mise en place de moyens d’évaluation… Au final on aboutit à un constat évident : les études de marché vont jouer un rôle croissant ; il faut donc qu’agences et clients se dotent des compétences nécessaires pour les exploiter au mieux ».
Les organisations professionnelles ont un rôle important pour accompagner ces évolutions. La moitié des répondants de l’enquête leur demandent de développer des standards de qualité et des normes afin d’écarter les acteurs incompétents du marché. La deuxième mission est de promouvoir le rôle et l’apport des études de marché auprès des clients, des utilisateurs finaux ainsi que des institutionnels.
ESOMAR a fait réaliser récemment une enquête sur l'évolution du chiffre d'affaires du secteur des études de marché à travers le monde. Il en ressort que le secteur a généré l’an dernier un CA global de 21,5 milliards de dollars, en hausse de 14% par rapport à l’année précédente. Cependant, ce bon chiffre est à relativiser en raison des fortes variations des taux de change et de la grande faiblesse du dollar en 2003. En réalité, en écartant les effets de l’inflation et du taux de change, la croissance du secteur a été plutôt de l’ordre de 5%, ce qui marque quand même une nette amélioration par rapport à la croissance de 2,7% observée en 2003.
Cette croissance varie fortement selon les zones géographiques. Elle est très forte dans plusieurs pays d'Asie, d'Europe de l'Est ou d'Amérique du Sud, qui affichent une croissance à 2 chiffres. C’est le cas de la Roumanie et de l’Argentine qui progressent de plus de 30%, de la Chine où le marché des études croît de 20% et des Philippines qui connaît une croissance de 16%.
Les Etats-Unis connaissent une croissance réelle supérieure à la moyenne, qui s’établit à 7%, avec un CA du secteur estimé à 7,85 milliards de dollars. En revanche, le CA dans l’Europe des 15 s’établit à 8,82 milliards de dollars, soit une hausse de 3% seulement. Seule l’Irlande tire son épingle du jeu avec un CA en progression de 18,2%, grâce aux nombreuses installations nouvelles d’entreprises dans ce pays.
Enfin, au Moyen Orient et en Afrique, la croissance réelle du chiffre d'affaires du secteur est de 6,3%, traduisant la croissance récente et rapide des marchés des biens de consommation et des services dans ces pays.
Concernant les dépenses d'études marketing par habitant, le Royaume Uni détient le chiffre le plus élevé avec environ 40$ par an, suivi par la Suède et la France avec 30$ de dépenses d’études par habitant. D'une façon générale, les dépenses en recherche marketing par habitant et par an représentent entre 5% et 10% des dépenses publicitaires avec de fortes variations néanmoins ; les Etats-Unis sont à 5% tandis que la France atteint les 15%, la Suède 12,8% et l'Allemagne 10,3%.
Enfin, l'étude ESOMAR, met en lumière la place croissante de l'Europe sur le marché mondial avec 43,8% du chiffre d'affaires contre 37,7% pour l'Amérique du Nord.

Le temps de l’hyper-consommateur
Intervention de Gilles Lipovetsky

Le philosophe Gilles Lipovetsky, auteur notamment des ouvrages “Le luxe éternel” et “Les temps hyper-modernes” a l’habitude d’explorer les dimensions contemporaines de la société occidentale.
Invité à apporter son éclairage aux congressistes, Lipovetsky décortique les paradoxes du consommateur moderne.
Pour lui, nos sociétés de consommation se sont transformées en sociétés d’hyper-consommation dans lesquelles l’acheteur effectue ses choix davantage par rapport à lui-même et au temps que par rapport aux autres.
Le modèle de Veblen qui considérait que la consommation était étroitement liée à l’affirmation de l’identité personnelle et à la recherche d’estime sociale, semble désormais moins pertinent. Il en est de même des théories de Baudrillard sur la valeur-signe des produits consommés.
Aujourd’hui, les objets de consommation se sont banalisés et diffusés à l’ensemble du monde social. L’hyper- consommateur recherche des sensations et des satisfactions privées, centrées sur des critères émotionnels plutôt que statutaires.
Cette consommation égoïste s’accompagne d’une recherche de la nouveauté et de l’intensification du présent. Pour autant, on ne peut pas, affirme Lipovetsky, en conclure que notre époque est exclusivement orientée sur le culte des jouissances immédiates.
En effet, le consommateur moderne double sa quête du plaisir instantané par des contraintes qu’il s’impose pour maîtriser son avenir personnel. Les régimes et le recours croissant à la chirurgie esthétique sont des exemples de ces efforts assumés. De même, la consommation subit une médicalisation croissante, avec la recherche des produits censés améliorer le bien-être, la santé et la longévité. Tout en donnant une grande importance au présent immédiat, l’hyper-consommateur affirme donc la dimension du futur personnel.
Paradoxalement, la dimension “passé” trouve également une place croissante, avec le regain des spiritualités, la mise en valeur du patrimoine et le succès des produits rétro ou authentiques. Cette valorisation s’inscrit dans une recherche du bien-être personnel et de la qualité de vie. Elle rejoint un goût croissant pour les produits “intemporels”, incarnés par l’univers du luxe, et qui se placent à l’opposé du” tout-jetable”.
Dans son rapport au temps, l’hyper-consommateur semble atteint d’une sorte de schizophrénie qui le pousse à la fois à vouloir tout, tout de suite et, d’autre part, à rechercher son bien-être dans des activités lentes et méditatives. De même, son hédonisme affiché accompagne paradoxalement un intérêt croissant pour les produits éthiques et les valeurs de protection de l’environnement.
L’hyper-consommateur est donc paradoxal, centré sur son présent mais orienté aussi vers le futur et le passé, ultra-pressé et voulant ralentir le temps, individualiste et altruiste.
Accueil Fiches produits Livres Articles-dossiers Annuaire Livres blancs Rendez-vous
Surveystore (tous droits réservés) - Infos légales